Le rapport de la Conférence sur le travail, emploi et retraites qui vient d’être remis au 1er Ministre propose des négociations pour début 2027. Il expose des convergences et des désaccords, sans constituer une réforme. Son idée centrale: Une retraite soutenable se prépare dès l’entrée dans la vie active. En 2025, le chômage touchait 19,8 % des 15-24 ans, contre 6,9 % des 25-49 ans. Le taux d’emploi des 55-64 ans atteignait 61,7 %. On comptait 1,8 cotisant par retraité ; ce ratio pourrait tomber à 1,3 en 2070. Une carrière tardive/interrompue fragilise les pensions/recettes du système. Le débat ne peut donc se limiter à l’âge légal, ignorer les effets de l’intelligence artificielle/transition écologique, et nécessite d’adapter les compétences et améliorer l’insertion des jeunes.
1. Préparer les métiers, reconnaître le travail
- Reconnaissance, management, salaires comptent mais travailler plus longtemps suppose de pouvoir le faire en bonne santé : Pour maintenir les salariés dans l’emploi, il faut prévenir les accident/usure PRO avant que l’inaptitude ou le chômage ne mettent fin aux carrières. Pénibilité et fins de parcours sont insuffisamment pris en compte.
- Les organisations syndicales défendent la retraite par répartition. Mais faut-il agir sur l’âge de départ, la durée d’assurance, les ressources ou les pensions ? Le rapport ne tranche pas. Les écarts de pension entre femmes/hommes rappellent que les inégalités se construisent au fil du statut dont on bénéficie, des salaires, des temps partiels subis et des carrières interrompues.
2. le regard des avocats en droit du travail
Un «âge d’équilibre» assorti d’une décote pourrait défavoriser les carrières interrompues et conduire ceux qui ont commencé tôt à travailler au-delà de la durée d’assurance requise. Le sort des trimestres rachetés doit aussi être clarifié : leur prise en compte varie au fil du temps, notamment pour les départs anticipés. Pourquoi ne pas discuter d’une durée d’assurance pivot, par exemple 43 annuités, plutôt que d’un nouvel âge de référence ? Cette proposition, distincte de celle du rapport supprimerait les iniquités, permettrait de se pencher concrètement sur les périodes retenues, les carrières hachées, ceux qui décalent leur entrée dans la vie active, les situations liées à la maladie, handicap ou pénibilité. A ce sujet, toute réintégration des risques ergonomiques dans le compte professionnel de prévention (C2P) devrait tenir compte du travail réel et des mesures prises en entreprise. Par ailleurs, comparer des professions/statuts impose de distinguer durée d’assurance et droit au départ : 17 ans de services pour certains fonctionnaires actifs, 27 ans pour certains policiers ou 25 ans ouvrant une pension d’ancienneté aux marins, ne garantissent pas une pension complète. Enfin intégrer une partie de retraite additionnelle suppose de réfléchir à son financement et son accès aux salariés modestes, sachant qu’un régime en points n’est pas nécessairement financé par capitalisation : les points calculent les droits, la capitalisation finance les pensions.
3. la réaction des syndicats
Certains s’étonnent de la remise d’un rapport avant la discussion entre les partenaires sociaux et soulignent que la capitalisation et l’âge d’équilibre n’ont pas été débattus pendant la conférence. Rappelons que la CGT refuse le principe de la désindexation des pensions et demande -en cas d’échec des négociations(AGIRC/ARRCO)- une règle garantisse une revalorisation minimale, par exemple fondée sur l’inflation.
