La facturation électronique constitue un outil de détection du travail dissimulé et des faux travailleurs indépendants. Ele renforce les capacités de contrôle de l’administration mais ne modifie pas les critères du lien de subordination, appréciés au regard des conditions réelles d’exécution de la prestation. Appel à la vigilance des entreprises pour verifier la cohérence entre leurs contrats, les factures et la réalité de leurs relations avec les prestataires.

1. La facturation électronique,  une réforme fiscale qui dépasse le cadre de la TVA  

À compter du 01/09/26, les entreprises assujetties à la TVA devront pouvoir recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et ETI devront également les émettre via une plateforme de dématérialisation partenaire (PDP), les PME et TPE étant concernées à compter du 01/09/27. Au-delà de son objectif fiscal, cette réforme permettra aux administrations d’accéder à des données structurées sur les cocontractants, les prestations réalisées, leur fréquence, les montants facturés et les modalités de paiement. Cette traçabilité renforcée constituera un outil de contrôle particulièrement efficace pour l’URSSAF, dont la capacité à détecter les situations de salariat déguisé s’en trouvera considérablement accrue.

2. Les factures : un élément central dans la recherche d’un lien de subordination

Lors d’un contrôle, l’URSSAF ne se limite jamais au contrat signé entre les parties. Elle apprécie la situation au regard d’un faisceau d’indices, parmi lesquels les factures occupent une place centrale. Sont particulièrement sensibles les facturations à l’heure ou à la journée, les mentions proches d’un bulletin de paie, les factures récurrentes adressées à un client unique ou encore une rémunération stable excluant tout risque économique. Certaines formulations, telles que « remplacement de M. X» ou «présence sur site selon planning communiqué», peuvent également révéler une intégration du prestataire dans l’organisation du donneur d’ordre.

3. La facturation électronique : un puissant outil de détection des faux indépendants

Avec la facturation électronique, ces indices deviendront beaucoup plus facilement exploitables. Les administrations pourront identifier rapidement : les prestataires ne facturant qu’un seul client ;les facturations mensuelles répétitives ;les montants identiques ;les prestations récurrentes  et les flux financiers proches d’une rémunération salariale. La rédaction des lignes de facture devient ainsi stratégique. Par exemple, la mention :«Mise à disposition d’un agent de nettoyage – 151,67 heures» présente davantage de risques que :«Réalisation des prestations de nettoyage du bâtiment A conformément au contrat n° X ».La 1ère évoque une mise à disposition de main-d’œuvre. La 2ième décrit une obligation de résultat relevant d’un contrat d’entreprise.

4. les juridictions font un rappel salutaire des principes fondamentaux

L’arrêt de la Cour d’appel de Colmar du 28/05/26 (n° 24/00059) rappelle que la facturation électronique ne modifie pas les critères du contrat de travail. Seul compte l’existence d’un lien de subordination caractérisé par un pouvoir de direction, de contrôle et de sanction. Elle a ainsi écarté la requalification en relevant l’autonomie du prestataire, sa liberté d’organisation et l’absence d’intégration dans un service organisé. Cette décision confirme que les factures ne constituent qu’un indice parmi d’autres et que seules les conditions réelles d’exécution de la prestation demeurent déterminantes.

Rédigé par Me BESSET Avocat spécialisé en Droit du Travail et droit de la Sécurité et protection sociale SELARL LDSconseil