1. Accès des femmes et des hommes aux positions de cadres : Une convergence en marche ?
Pour la première fois, en 2013, la part de jeunes femmes qui occupaient, trois ans après leur entrée sur le marché du travail, un emploi de cadre, est devenue quasi équivalente à celle des jeunes hommes. Les femmes, semble – il, ont fini par trouver leur place au cœur du pouvoir. En outre, pour l’ensemble des cadres comme pour ceux exerçant une responsabilité hiérarchique, leurs conditions d’emploi et notamment de salaires se sont rapprochées de celles des hommes. On note que depuis une décennie, il y a une convergence vers une égalité de traitement.
Pour autant, les cadres féminins sont davantage exposés au temps partiel et aux contrats à durée déterminée et leurs espaces professionnels restent clivés, avec un poids de la fonction publique deux fois plus important. Un facteur essentiel de l’accès des femmes aux emplois de cadres tient à leur forte progression dans l’enseignement supérieur et en particulier aux niveaux les plus élevés (master et doctorat).
Le renforcement dans les années 2000 de l’appareil législatif en faveur de l’égalité professionnelle dans les entreprises a sans doute également soutenu ce mouvement de rattrapage. Ce dernier est aussi à l’œuvre s’agissant des salaires, mais il tient à la baisse sensible des salaires des jeunes hommes (en euros constants) à la suite de la crise économique de 2008-2009.
Il reste que l’accroissement des femmes dans les postes de cadres en début de vie professionnelle n’est toujours pas à la mesure de l’importance de leur investissement éducatif. À caractéristiques et diplômes identiques aux hommes, elles ont encore 30 % de chances en moins de devenir cadres, que le poste soit associé ou non à des responsabilités hiérarchiques.
2. Les femmes et le pouvoir
Fin 2014, les femmes représentent 21% des dirigeants salariés et 35% des non-salariés (qui sont à la tête de leur propre entreprise). Pour ces derniers, la part des femmes varie de 25% parmi les gérants majoritaires de sociétés à 39% et 40% chez les entrepreneurs individuels et les auto- entrepreneurs.
Quel que soit leur statut, les femmes perçoivent en moyenne un revenu d’activité annualisé inférieur à celui des hommes: de 32% pour les dirigeantes salariées et de 27% chez les non-salariées.
De manière générale et surtout chez les non-salariés, la part des femmes dirigeantes est plus faible dans les entreprises de plus grande taille. Elles représentent 37% des non-salariés (hors auto- entrepreneurs) et 22 % des dirigeants salariés travaillant seuls dans leur entreprise, contre respectivement 26 % et 21 % dans les entreprises de 50 salariés ou plus.
La proportion de femmes parmi les cadres dirigeants est cependant beaucoup plus élevée chez les moins de 30 ans (48 %, contre 18 % chezles50ansouplus).Au-delà d’une réduction des écarts au fil des générations, ces chiffres reflètent surtout le fait que les écarts d’accès à ces fonctions d’encadrement se creusent au cours des carrières.
Dans les fonctions publiques d’État(FPE) et territoriale (FPT), les femmes, bien que majoritaires (55 % et 61 % des effectifs), sont peu présentes dans l’encadrement et les postes à responsabilités : elles occupent 27 % des emplois de direction de la FPE et 28 % de la FPT. C’est parmi les ambassadeurs et les préfets qu’elles sont les moins représentées (14 % et 12 %), alors qu’elles le sont un peu plus parmi les directeurs d’administration centrale (34 %), les chefs de service ou sous- directeurs (31%)et les recteurs d’académie (30%). À l’inverse, dans la fonction publique hospitalière (FPH), versant le plus féminisé (78 % des effectifs), les femmes sont à parité (50 %) dans les emplois de direction( même si elles restent sous-représentées). Elles représentent notamment 60 % des chefs des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux. En revanche, la fonction de directeur d’hôpital reste majoritairement masculine (45 % de femmes). Les écarts salariaux entre femmes et hommes occupant des emplois de direction dans la fonction publique sont bien plus faibles que dans le secteur privé. Globalement dans la FPE, elles y gagnent 4 % de moins que les hommes, 13 % de moins dans la FPT et 11 % dans la FPH.
3.Le temps de travail : Les inégalités persistent
En 2015, les femmes qui travaillent sont près de quatre fois plus souvent à temps partiel que les hommes : c’est le cas pour 30,4 % d’entre elles, contre 7,9 % pour les hommes. Elles représentent ainsi 78 % des personnes travaillant à temps partiel.
Le temps partiel est plus répandu dans les emplois où les femmes sont plus présentes, comme dans la fonction publique, les services (nettoyage, santé et action sociale, éducation) ou encore chez les employés. Cependant, à catégorie socioprofessionnelle identique, elles se trouvent deux à trois fois plus souvent à temps partiel que les hommes. Le recours au temps partiel est plus fréquent pour les mères à partir de deux enfants ou pour celles qui ont un enfant en bas âge.
Pour les hommes, le recours au temps partiel varie très peu selon l’âge ou le nombre des enfants. En 2015, 6,6 % des actifs occupés sont dans une situation de sous-emploi.
En 2015, la durée annuelle effective travaillée par les femmes à temps complet est de 1 578 heures en moyenne, contre 1 707 heures pour les hommes, soit 8 % de moins. Cet écart s’explique à parts presque égales par le fait qu’elles travaillent en moyenne moins d’heures par jour (7,7 heures contre 8,0 heures pour les hommes) et qu’elles travaillent en moyenne moins de jours dans l’année (205 jours contre 215 jours pour les hommes). Ces écarts de durée annuelle entre femmes et hommes s’observent pour toutes les catégories socioprofessionnelles, mais sont d’ampleur variable : Ils sont presque nuls pour les employés non qualifiés et sont les plus importants pour les cadres.
4- Les risques psychosociaux et exposition des femmes aux travaux pénibles : Y a-t-il urgence à intervenir ?
Dans leur travail, femmes et hommes sont exposés différemment aux conditions de travail pénibles et aux risques psychosociaux. En 2013, en France, les hommes salariés sont plus souvent confrontés à des horaires atypiques que les femmes : 22 % d’entre eux travaillent de nuit et 9 % ont des horaires alternants, contre respectivement 9 % et 6 % des femmes. Ils sont aussi beaucoup plus souvent exposés à la pénibilité physique : 45 % doivent porter des charges lourdes (contre 37 % des femmes), 41 % effectue des déplacements à pied (contre 28 %) et 27 % subissent des vibrations (contre 6 %). En revanche, une proportion similaire de femmes et d’hommes sont contraints à des postures pénibles ou fatigantes (environ 60 %).
À l’inverse, les femmes sont plus fréquemment exposées que les hommes à certains facteurs de risques psychosociaux. Elles sont davantage concernées par la pression temporelle (49 % déclarent devoir se dépêcher contre 43% des hommes) et par un manque d’autonomie ou de marges de manœuvre (45% font un travail répétitif, soit 7 points de plus que les hommes; un tiers disent ne pas pouvoir régler elles-mêmes les incidents, soit 6 points de plus que les hommes). Les femmes font aussi plus souvent état d’exigences émotionnelles (36% disent devoir cacher leurs émotions ou fairesemblantd’êtredebonnehumeurcontre25% des hommes) et sont plus souvent victimes d’agressions au sein du collectif de travail.
À catégorie socioprofessionnelle identique, les fréquences des accidents de travail diffèrent cependant peu entre les femmes et les hommes, sauf parmi les employés, car les hommes employés occupent des fonctions plus risquées. Si les troubles musculo-squelettiques concernent plus souvent les femmes (55 % des victimes), les hommes sont davantage concernés par les MP les plus graves (par exemple, 98 % des victimesd’affectionsdel’amianteet96 %des victimes de surdité sont des hommes.
5. Les différences dans les revenus salariaux, les dogmes résistent
En 2014, le revenu salarial annuel moyen dans le secteur privé et la fonction publique s’élève à 17 820 euros pour les femmes et à 23400 euros pour les hommes, soit un niveau inférieur de 24 % pour les premières. Cette moyenne recouvre des situations hétérogènes. Ainsi, l’écart entre femmes et hommes est plus marqué pour les salariés les plus âgés que pour leurs cadets (20 % pour les moins de 40 ans, contre près de 30 % pour les 55 ans ou plus). Ce constat résulte en partie de carrières plus souvent interrompues et moins favorables chez les femmes que chez les hommes, mais aussi d’éventuelles variations de l’écart entre femmes et hommes selon les générations.
L’écart de revenu salarial entre femmes et hommes est aussi plus prononcé parmi les salariés les plus diplômés (35% parmi les titulaires d’un bac +3 ou plus, contre 25 % pour les bac à bac + 2 et 27% pour ceux d’un diplôme inférieur au bac) et parmi les cadres (25 % contre 10 % chez les employés). Enfin, l’écart femmes-hommes est plus important parmi les salariés du secteur privé que du public (28 % contre 17 %).
L’écart de revenu salarial moyen entre femmes et hommes reflète à la fois des différences en termes de salaire en équivalent temps plein (EQTP), prix d’une unité de travail salarié, et de volume de travail réalisé au cours de l’année. En 2014, le salaire en EQTP des femmes s’élève en moyenne à 24320 euros par an contre 29440 euros pour les hommes, soit 17 % de moins pour les premières.
Les lignes bougent, c’est indéniable. Tel est le constat .